Les Pôles: L'arctiQUE ET L'ANTARTIQUE

Les pôles : que sait-on de ces faux jumeaux ?

Pôle Nord et pôle Sud sont les vigies blanches et glacées de la Terre. Distants de quelque 20 000 km, ils partagent la neige, la glace et le froid… mais ne se ressemblent guère.

Leur nom est déjà un signal : Arctique trouve son origine dans le mot grec arktos, « l’ours », en référence aux constellations que sont la Grande et surtout la Petite Ourse où l’on trouve l’Étoile polaire. Antarctique, vient du mot grec antarktikos, autrement dit, à l’opposé de l’Arctique !

UN RÔLE CLEF SUR LE CLIMAT MONDIAL

Les pôles jouent un rôle essentiel sur le climat. De grands courants océaniques font le tour de la planète, se refroidissent et s’enfoncent dans les abysses au niveau des pôles, puis se réchauffent et remontent à la surface
à la hauteur des tropiques. Ces énormes masses d’eau, froides ou chaudes, qui se déplacent et échangent avec l’atmosphère, influent sur
le climat. Le réchauffement climatique qui accélère la fonte des glaces pourrait avoir des impacts majeurs sur ce grand « tapis roulant » qui conditionne la vie en beaucoup d’endroits de la planète.

OCÉAN NOURRICIER

À la fin de l’hiver, quand revient la lumière dans l’océan Austral, la vie reprend le dessus. L’explosion du phytoplancton permet de nourrir le zooplancton, essentiellement le krill,  une sorte de crevette. On peut compter de 10 000 à 30 000 individus par m3 d’eau :  une manne pour les albatros, les calmars, les manchots, les baleines… Même les satellites repèrent cette sublime effervescence aujourd’hui altérée par la pollution, le réchauffement climatique et la surpêche. C’est pourtant la base de toute la chaîne alimentaire de la mer dans cette région.

L’Arctique correspond à un océan principalement recouvert d’une banquise – de l’eau de mer gelée pouvant couvrir entre 5 et 15 millions de km², selon que l’on soit en été ou en hiver – entouré de terres. Une géographie qui est souvent comparée à celle de la Méditerranée. 

 

À l’inverse, l’Antarctique est un continent de  14 millions de km², soit 27 fois la taille de la France, recouvert d’une couche de glace dont l’épaisseur moyenne est de 2 000 m. Il est entouré de l’océan Austral. Cette calotte contient près de 80 % des réserves d’eau douce de la planète. 

Pôles Nord et Sud se différencient également par la vie qu’ils abritent. L’ours blanc est le maître du Grand Nord, accompagné par les phoques et les morses, quand les manchots règnent dans le Grand Sud. Mais des liens unissent les deux : grâce à de nombreux oiseaux migrateurs qui les relient dans des conditions souvent incroyables au regard de leur poids, ou encore aux baleines qui se croisent dans leur grande pérégrination vers l’équateur. À l’inverse, la flore, quant à elle, est abondante au printemps en Arctique et quasi inexistante en Antarctique, quelle que soit la période de l’année.

ARctique

Le réchauffement climatique bouleverse la vie des habitants de l’Arctique. Les quelques avantages que représentent la possibilité de cultiver des concombres et des fraises dans des fermes expérimentales du Sud du Groenland ou la migration de poissons tels que le thon qui remonte dans l’Atlantique Nord ne compensent pas les risques encourus par ailleurs. Risques de pollutions et de nuisances provoquées par la quête de nouvelles ressources minières, l’ouverture de routes maritimes, l’arrivée de touristes chaque année plus nombreux, la fonte du pergélisol (sol gelé), les incendies qui se multiplient, les grands troupeaux de rennes qui peinent à s’adapter… 

ANTARctique

Si personne n’habite sur cette terre particulièrement inhospitalière, elle présente aussi la particularité de n’appartenir à personne. Elle est gérée par un traité international. C’est une zone de paix, dédiée à la recherche scientifique. En 1956, la France a ouvert la voie avec la base Dumont d’Urville en terre Adélie. Aujourd’hui,  18 pays sont présents avec 44 bases scientifiques permanentes. Les chercheurs y coopèrent, hors des rivalités entre pays, pour étudier le changement climatique, le champ magnétique terrestre, la dérive des glaces… 

En Arctique : on y habite ?

• 4 millions d’habitants sur près de 8 millions de km2.

• 400 000 à 500 000 descendants des premiers occupants arrivés il y a 10 000 ans.

• 120 000 Inuits occupent le nord du Canada, l’Alaska, le Groenland et le nord-est de la Sibérie.

• 80 000 Samis vivent entre la Suède, la Norvège, la Finlande et une petite partie de l’ouest de la Russie.

• 300 000 Iakoutes sont installés en Sibérie.

• Une quarantaine d’autres communautés existent mais ne comptent parfois que quelques personnes (Nenets, Tchoutktches, Koriaks, Dolagnes, Evenks…).

Coup de chaud sur les pôles

De part et d’autre de la planète, les effets du réchauffement climatique, qui sont aujourd’hui clairement reconnus comme la conséquence des activités humaines, sont bien identifiés.

La diminution constante de la banquise arctique est particulièrement visible. Elle fond de plus en plus en été et se reconstitue de moins en moins en hiver. Aujourd’hui, sa superficie moyenne est de 13,45 millions de km², soit 1,24 million de moins qu’il y a dix ans, et elle est de plus en plus mince. En Antarctique, l’augmentation du débit de certains glaciers conduit également à une déperdition régulière de la masse de glace. Au printemps 2021, le détachement de l’Iceberg A-76, mesurant plus de 4000 km² (la taille du département des Alpes-Maritimes), a été très remarqué.
Les conséquences sont multiples et dévastatrices. Il y a tout d’abord un phénomène d’amplification du réchauffement : la banquise, du fait de sa blancheur, réfléchit les rayons du soleil. En fondant, elle laisse apparaître des zones d’eaux sombres qui absorbent ces rayons. L’eau alors se réchauffe, ce qui accroît la fonte de la glace de mer qui libère plus de masse d’eau… La boucle est bouclée.
Parallèlement, le dégel des terres, du fait du réchauffement de l’atmosphère, entraîne non seulement l’effondrement de certains terrains (des routes s’affaissent, des maisons s’enfoncent, des arbres se couchent), ce qui provoque également la libération de méthane dans l’atmosphère, un très puissant gaz à effet de serre.
La faune compte aussi parmi les victimes, que ce soit l’ours blanc dont l’habitat ne cesse de rétrécir en Arctique ou le manchot royal qui doit chercher sa nourriture toujours plus loin, en Antarctique.

Fonte de la calotte glaciaire et élévation du niveau de la mer. Plus l’atmosphère se réchauffe, plus la glace fond. Les glaciers se fracturent plus rapidement, libérant de nombreux icebergs. Cette arrivée d’eau douce fait monter le niveau de la mer. Le réchauffement de l’eau dû au réchauffement climatique engendre également une dilatation thermique, accentuant la montée du niveau de la mer.

Banquise – Une histoire naturelle et humaine, F. Genevois et A. Bidart. Editions Quae (2018)
Terre sauvage Spécial Pôles, n° 226, avril 2007

LES PÔLES, LA FIÈVRE MONTE !

Au pôle Nord, le thermomètre s’affole ! Il affiche en effet une hausse des températures qui est de deux à trois fois supérieure à celle constatée sur le reste de la Terre (1 °C depuis l’ère pré-industrielle). En 2020, l’augmentation a même été de 4 °C en Sibérie. L’Antarctique n’est pas épargné. Même s’il existe moins d’observations fournies en continu que pour l’Arctique, les relevés montrent pour la péninsule Antarctique (l’extrémité nord-ouest du continent) un réchauffement de presque 3 °C en 50 ans.

Des impacts bien au-delà des pôles

The Biggest Chill. W.S. Broecker. Natural History, 96 : pp.74-82 (1987) ;
www.ocean-climate.org ; www.storymaps.arcgis.com/stories/756bcae18d304a1eac140f19f4d5cb3d ; Science & Vie n°257, hors-série, décembre 2011, 9.94

Le réchauffement influence le fonctionnement des grands courants océaniques qui ont eux-mêmes un lien étroit avec le climat. Prenons l’exemple du Gulf Stream : son évolution aurait des conséquences importantes sur le climat tempéré d’une partie de l’Europe. Et que dire de l’élévation du niveau de la mer : la fonte des calottes glaciaires alimente cette hausse qui est actuellement de 3 à 4 mm par an et qui s’accélère au fil des décennies. Elle pourrait même s’emballer si les mesures pour stopper le réchauffement climatique se révélaient insuffisantes. Le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) a calculé que la fonte des manteaux neigeux et des glaciers du Groenland pourrait conduire au mieux à une hausse de 60 cm et, au pire, à 1,10 mètre d’ici 2100.

Au nord de l’océan Austral, entre les grands courants marins qui passent au-dessus ou au-dessous, se trouvent des masses d’eau quasi-stagnantes entre 1 km et 2,5 km de profondeur. Une zone d’ombre, relativement isolée mais très riche en carbone. Toute la question est de savoir si elle va continuer à en accumuler ou au contraire à en relâcher dans les siècles à venir. Un enjeu crucial dans le contexte du changement climatique.

Océanographe pour le laboratoire LOCEAN
de l’Institut Pierre-Simon Laplace
Prix de Thèse 2018 de l’Institut océanographique

Dans l’océan Austral, des milliers de cyclones et d’anticyclones marins sont en interaction permanente et génèrent des fronts. Ces fronts de fine échelle (environ 10 km de largeur) ont une importance capitale : ils relient les eaux de surface aux profondeurs et permettent à l’atmosphère et à l’océan de communiquer. En particulier, ils induisent un transport de chaleur dirigé de l’intérieur de l’océan vers la surface. Ainsi l’océan ne ferait pas qu’absorber de la chaleur présente dans l’atmosphère, mais il relarguerait lui-même de la chaleur de ses profondeurs. Est-ce que cela pourrait altérer sa capacité de stockage ? Il apparaît en tous cas urgent de représenter cette physique de fine échelle dans les modèles de climat afin d’en avoir le cœur net.

Postdoctorante à la Scripps
Institution of Oceanography, University of California, San Diego, USA
Prix de Thèse 2021 de l’Institut océanographique

Les pôles ne sont plus des sanctuaires

Le réchauffement climatique n’est malheureusement pas la seule menace qui pèse sur les pôles. Certes, l’inhospitalité de l’Antarctique et les traités qui le gouvernent réfrènent pour l’heure les appétits des différentes puissances de la planète, mais il n’est pas pour autant complètement à l’abri des pollutions. Quant à la région arctique, beaucoup plus accessible, elle est soumise aujourd’hui à toutes sortes
de menaces. Petit passage en revue.


La pollution a gagné tous les recoins de la planète


Loin des grandes foules, longtemps on a cru les pôles épargnés par la pollution. Les premières analyses menées en Arctique ont révélé une réalité bien différente. Comme ailleurs sur Terre, les vents et courants océaniques transportent toutes sortes de substances polluantes. C’est ainsi que des polluants organiques (pesticides…), ou des métaux lourds (plomb, mercure, cadmium…) ont été retrouvés dans la chaîne alimentaire. Et par voie de conséquence dans celle des hommes. En 1970, des analyses effectuées auprès d’Inuits, grands consommateurs de viande de phoque, ont montré des traces de métaux lourds. Le plastique est l’autre plaie de ces contrées. Une étude publiée en 2018 révèle une quantité très importante de déchets plastiques pris dans les glaces de la banquise.

Les entreprises des secteurs pétroliers et miniers sont dans les starting-blocks


Des stocks de sources d’énergie fossile (pétrole et gaz) dorment au fond de l’océan Arctique. Ils représenteraient 18 % des ressources mondiales. À terre, le sous-sol recèle de grandes réserves de diamants, mais également de l’or, de l’argent, du plomb, du zinc… Autant de ressources qui attisent les convoitises et qui exacerbent les débats au sein des populations. En 2020, le Groenland a accordé deux concessions à des compagnies étrangères pour extraire de l’uranium et du fer, provoquant la colère des peuples autochtones.

Petit poisson deviendra-t-il grand ?

Après avoir épuisé les ressources dans les endroits les plus reculés de l’Océan, les entreprises de pêche industrielle vont-elles faire de même dans l’océan Arctique et l’océan Austral ? Au nord, la protection apportée par la banquise s’amenuise au fil de sa disparition. 

À l’autre bout, l’extrême sud de la Terre, l’océan Austral est déjà un lieu de pêche avec deux ressources phares : la légine, à forte valeur commerciale, et le krill utilisé pour nourrir les poissons en aquaculture et pour fabriquer des compléments alimentaires. 

Une pêche qui entre en concurrence directe avec les besoins des baleines, orques et autres cachalots et qui n’est pas sans conséquence non plus sur les oiseaux.

1 tonne

c’est la quantité de krill ingurgitée chaque jour par une baleine à fanons.

Krill (ici, krill antarctique), maillon clé des chaînes
alimentaires des zones froides

Fonte de la banquise :
une aubaine pour le transport maritime,
un désastre pour les écosystèmes

Après avoir épuisé les ressources dans les endroits les plus reculés de l’Océan, les entreprises de pêche industrielle vont-elles faire de même dans l’océan Arctique et l’océan Austral ?

 

Au nord, la protection apportée par la banquise s’amenuise au fil de sa disparition. À l’autre bout, l’extrême sud de la Terre, l’océan Austral est déjà un lieu de pêche avec deux ressources phares : la légine, à forte valeur commerciale, et le krill utilisé pour nourrir les poissons en aquaculture et pour fabriquer des compléments alimentaires.
Une  qui entre en concurrence directe avec les besoins des baleines, orques et autres cachalots et qui n’est pas sans conséquence non plus sur les oiseaux.

Cargo dans un chenal maritime gelé, Arctique

Les pôles, une nouvelle attraction touristique

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : alors que 5 000 touristes se sont rendus en Antarctique en 1990, aujourd’hui on en compte 80 000. 

Même engouement au Groenland avec une augmentation de la fréquentation de 10 % par an entre 2014 et 2017 pour atteindre le nombre de 85 000 visiteurs.

En Antarctique, des espèces invasives ont déjà été identifiées : des mouches, des étoiles de mer, des algues…

Touristes à Cuverville Island, Antarctique

Agir : c’est possible

Les océans polaires sont-ils deux Hercule aux pieds d’argile ? Tout ce qui fait leur puissance – action sur le climat, réserve de biodiversité, ressource halieutique – préfigure aussi leur fragilité. Les prochaines années seront donc cruciales : une exploitation débridée de cette nouvelle manne conduira, inévitablement, à des catastrophes majeures. Mais nombreux sont ceux qui travaillent à une utilisation durable de ces mers et de leurs ressources. Voici quelques exemples.

PROTÉGER LA PÊCHE EN ARCTIQUE
La banquise a longtemps agi comme un bouclier : elle abritait peu de poissons et interdisait toute intrusion aux bateaux de pêche.
Aujourd’hui, la donne est différente. Le réchauffement des eaux devrait les rendre plus poissonneuses : on estime à 800 le nombre d’espèces de poissons qui quittent les mers tempérées en quête d’eaux plus froides. Comment réfréner les convoitises ?

Après plusieurs années de négociation, les pays riverains de l’Arctique ont annoncé en 2017 un moratoire sur la pêche commerciale. Il interdit aux chalutiers d’intervenir dans un rayon de 200 km autour du pôle géographique, soit une surface égale à la Méditerranée. Le répit est de seize ans, de quoi laisser à la science le temps d’étudier la ressource et de poser les bases d’une pêche durable.

Naviguer sans polluer

Le fioul lourd représente des risques de pollution importants : marée noire bien sûr mais aussi pollutions liées aux émissions de particules de soufre et aux dépôts de suie sur la glace qui accélèrent la fonte. Bon marché et abondant, ce carburant a émergé dans les années 1960. En 2015, 80 % des navires l’utilisaient. 

Depuis 2011, il est interdit pour les navires qui circulent dans les eaux de l’Antarctique. Après une longue bataille soutenue par la Fondation Prince Albert II de Monaco, il le sera également en Arctique. Cette décision, entérinée par l’Organisation maritime internationale, sera effective en 2024.

Un tourisme sans impact existe-t-il ?

En 1991, l’Association internationale des voyagistes antarctiques voit le jour pour défendre un tourisme responsable. Sur la petite partie du continent qui est accessible, les débarquements de passagers sont encadrés, les vêtements doivent être nettoyés, il est interdit de déranger les animaux… Mais tous les voyagistes ne sont pas adhérents. 

Du côté de l’Arctique, certains organisateurs travaillent avec les peuples autochtones. La Principauté de Monaco quant à elle soutient le projet canadien « Students on ice ». Après une expédition sur le terrain, les jeunes participent à des projets de protection de ces zones.

Plusieurs voyagistes oeuvrent pour un tourisme plus durable, notamment à l’aide de bateaux hybrides et donc moins polluants. Certaines croisières allient tourisme et recherche en embarquant des scientifiques à bord. Les voyageurs, eux aussi, sont mus par un véritable intérêt pour les questions environnementales qui sont prises en considération dans leurs pratiques de voyage.

Les Aires Marines Protégées au chevet de l’Antarctique

À ce jour, deux aires marines protégées ont réussi à voir le jour dans le cadre de la Commission sur la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR). La première en 2009, sur le plateau sud des îles Orcades avec une surface de 96 000 km² est aussi la première aire marine internationale. La deuxième a été dessinée sept ans plus tard (2016) en mer de Ross, avec l’appui de S.A.S. le Prince Albert II de Monaco pour convaincre Ses pairs de sa nécessité. Elle couvre un peu plus de deux millions de km² au sein desquels se situent plusieurs zones d’études scientifiques.


Depuis, l’Union européenne, toujours avec le soutien très actif de la Principauté de Monaco, a proposé deux autres projets. L’un, présenté par la France et l’Australie, se situe dans l’est de l’océan Austral. Il se divise en trois zones (Mac. Robertson, Drygalski et la mer de Dumont d’Urville-Mertz) et couvre 950 000 km². Le deuxième en mer de Weddell permettrait de constituer un refuge de près de 2 millions de km² pour des espèces aussi emblématiques que les manchots, les baleines, les phoques ou le krill. Enfin, c’est encore pour protéger les zones d’alimentation des manchots que l’Argentine et le Chili portent de leur côté un projet de 650 000 km² dans la péninsule Antarctique.


Si les prochaines réunions de la CCAMLR permettent d’adopter ces trois nouvelles Aires Marines Protégées, cela correspondrait à protéger 1 % de plus de l’Océan mondial. L’Objectif onze de la convention d’Aichi sur la biodiversité (2010) fixe comme objectif la protection dans le monde d’au moins 10 % de l’Océan. En début d’année 2022, ce pourcentage était de près de 8 %*.
*Source : https://www.protectedplanet.net

Les pays tentent de coopérer

Côté Sud, le traité de l’Antarctique aujourd’hui ratifié par une cinquantaine de pays lui confère le statut de réserve naturelle. Les premières révisions ne pourront pas intervenir avant 2048, notamment pour le protocole de Madrid qui en découle et qui gère l’environnement. En outre, plusieurs garde-fous ont été mis en place, dont le vote à l’unanimité pour toute modification du texte.

Côté Nord, le Conseil de l’Arctique instauré en 1996 a permis d’établir des règles entre les États riverains. Six associations de peuples autochtones ont le statut de participants permanents, et plusieurs pays ainsi que des ONG ont un rôle d’observateurs. Mais au fur et à mesure que le changement climatique en facilite l’accès, les appétits des pays riverains s’aiguisent. La digue du Conseil de l’Arctique va-t-elle résister ?

Voir aussi

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L’Océan en questions

Mapping Buyle

Explorations de Monaco

Albert Ier sur passerelle - Institut Océanographique de Monaco

Les grandes figures

Et l'aquaculture du thon rouge ?

Oeufs de thons rouges
Œufs de thon rouge embryonnés (© Fernando de la Bandara - IEO)
Larves de thons rouges
Œufs de thon rouge embryonnés (© Fernando de la Bandara - IEO)

Une activité qui créée polémique

Contrairement à de nombreuses espèces marines (saumon, bar, daurade), l’aquaculture des grands thons n’est pas parfaitement maitrisée et continue à faire l’objet d’expérimentations poussées dans plusieurs pays (Australie, Japon, Europe) afin de mener le cycle complet de l’élevage sur plusieurs générations, en vue de s’affranchir des captures en mer et de maximiser les profits. Les partisans de l’aquaculture des grands thons estiment que l’élevage permettra de réduire la pression sur les stocks sauvages. Les organisations de défense de l’environnement pensent que le problème sera juste déplacé, la pression de pêche se reportant sur les « poissons fourrages  » situés à la base de la chaîne alimentaire, risquant ainsi de perturber l’ensemble des écosystèmes marins.

L'engraissement des thons

L’élevage du thon rouge repose quasi exclusivement sur « l’embouche », une technique consistant à capturer de jeunes thons dans le milieu naturel et à les faire grossir dans de grandes enceintes d’élevage, jusqu’à la taille commerciale. Nourris de poissons « fourrages » (10 kg de sardines ou de maquereaux produiront 1 kg de thon), les poissons engraissent rapidement avant d’être abattus et exportés vers les pays consommateurs, essentiellement le Japon, loin de l’endroit où ils sont produits, participant à l’émission de gaz à effet de serre. L’activité est controversée ; pour les défenseurs de la pêche durable, elle décime les futurs reproducteurs et manque de transparence.

Telle qu’on la pratique aujourd’hui, l’aquaculture du thon rouge semble loin d’être durable car elle pose, entre-autres, le problème de la gestion des ressources marines, des impacts écologiques et de l’émission des gaz à effet de serre.

Route Ifremer
Cage flottante, contenant des thons rouges vivants capturés en Méditerranée par une senne tournante, en route vers une ferme d’engraissement (© J.M. Fromentin/Ifremer)

Le coin des experts

Trois espèces à haute valeur marchande sont engraissées dans les sites d’embouche : le Thon rouge de l’Atlantique (Thunnus thynnus), le Thon bleu du Pacifique (Thunnus orientalis) et le Thon rouge du sud (Thunnus maccoyii). Plus de 50 fermes, localisées en Australie, au Mexique, au Japon et en Méditerranée ont produit au total 36 350 tonnes en 2014, dont 14 500 tonnes de thon rouge de l’Atlantique, essentiellement en Italie, Espagne, Croatie, Malte, et Turquie.

L’immense majorité des thons rouges pêchés en Méditerranée par la pêche industrielle est destinée à l’activité d’embouche qui sert à alimenter le marché japonais.

Elevage Thon Malte
Une cage d’embouche du thon rouge à Malte (© François Simard)

Peut-on manger du thon rouge ?

Thon rouge pris au large de Monaco
Thon rouge issu de la pêche artisanale, pris à la palangre au large de Monaco et proposé en circuit court (© Eric Rinaldi – La Pêcherie U Luvassu).

Prudence et discernement

Il y a quelques années, avec des stocks en voie d’effondrement, la consommation de thon rouge était largement déconseillée, conduisant la Principauté de Monaco à adopter un moratoire par consensus sur sa consommation. Avec des stocks aujourd’hui en meilleur état, il est possible de consommer du thon rouge, mais avec beaucoup de discernement. Ethic Ocean suggère de limiter la quantité consommée, privilégier l’origine «Atlantique est et Méditerranée » et choisir les spécimens pêchés à la canne, de plus de 30 kg (donc à maturité sexuelle). Il faut éviter en revanche la consommation de thon rouge du stock d’origine « Atlantique ouest » et des autres espèces de thons surexploitées, Thon bleu du Pacifique (Thunnus orientalis) et Thon rouge du sud (Thunnus maccoyii) lorsqu’ils proviennent du sud des 3 océans.

Quels critères appliquer ?

Pour Mr.Goodfish, le programme de consommation durable soutenu par la Fondation Prince Albert II, on peut manger du thon rouge mais uniquement s’il est sauvage, provient de certaines zones de pêche (essentiellement de l’Atlantique) et s’il est pris en dehors de sa période de reproduction, à une taille minimale recommandée de 120 cm.

Thon restaurant
© Taylor Grote

Les labels

Certains labels proposent du thon rouge pêché de manière responsable respectant la réglementation en vigueur et des cahiers des charges spécifiques à la méthode de pêche (palangre, canne, ligne). Celui-ci concerne le thon rouge pêché à la ligne et inclut les bons gestes en cas de capture d’espèces « accessoires » (requins, raies pélagiques, tortues marines, oiseaux).

Notre meilleur conseil : quand vous achetez du thon ou d’autres produits de la mer, soyez curieux et exigeant ! N’hésitez pas à poser des questions au vendeur ou au restaurateur, ils sont là pour ça ! Essayez d’identifier l’espèce que vous consommez, la zone de pêche ou de production, la méthode utilisée et en quoi elle est issue de pêche ou d’aquaculture durables. N’achetez jamais de thon rouge venant de la pêche récréative ou sportive, c’est interdit!

12

Août 2020

Du nouveau sur la certification du thon rouge de l’Atlantique…

L’organisme de labellisation Marine Stewardship Council vient d’attribuer le « label pêche durable » à une pêcherie utilisant la palangre (grandes lignes avec hameçons) dans l’océan Atlantique est (55 tonnes capturées en 2018). Cette décision intervient après qu’un expert juridique indépendant a estimé que les mesures prises par l’entreprise remplissaient totalement les critères de pêche durable. D’autres pêcheries seraient en passe de demander une certification. 

Par principe de précaution, au vu des incertitudes scientifiques sur l’état du stock, certaines ONG s’opposent actuellement à toute certification du thon rouge de l’Altlantique. Pour le WWF, « la certification MSC du thon rouge est un signal alarmant qui montre que le résultat est dicté par la demande de l’industrie plutôt que par des preuves scientifiques de durabilité… Cela peut être une tendance dangereuse qui peut menacer le rétablissement complet du thon rouge et notre possibilité de restaurer la santé des océans au niveau mondial d’ici 2030. » 

Comment Monaco agit en faveur du thon rouge ?

Depuis 2008 et sous l’impulsion de S.A.S. Le Prince Albert II de Monaco et de sa Fondation, la Principauté de Monaco mobilise ses forces pour alerter l’opinion mondiale et tenter de sauvegarder ce grand migrateur emblématique de la Méditerranée.


Le thon rouge si puissant est pourtant si vulnérable face aux intérêts financiers qu’il génère. Dès sa création, la Fondation Prince Albert II de Monaco a œuvré pour sa sauvegarde et a fait de Monaco le premier Etat à demander une protection internationale de cette espèce. Grâce à l‘action politique de la Principauté et au retentissement mondial qu’elle a eu, les quotas proposés par les scientifiques ont été respectés et les stocks ont commencé à se consolider. Ce poisson emblématique de la Méditerranée est donc représentatif du pouvoir de l’Homme à réguler les pêches pour assurer un stock durable et veiller à la survie d’une espèce. Même si la situation du thon rouge semble tout juste commencer à se rétablir en Méditerranée, l’espèce est toujours vulnérable. Il est donc indispensable de rester prudent et vigilant, de combattre la pêche illégale, et de veiller à ce que l’avis des scientifiques soit toujours suivi, même s’il diffère des intérêts économiques. Le « combat » n’est jamais gagné et la mémoire de l’Homme s’efface devant le gain, nous devons poursuivre nos efforts pour qu’à tout jamais ce seigneur de l'Océan continue de peupler notre belle Méditerranée.

MySushi Camion préservation thon rouge

Un moratoire pour donner l'exemple

En 2008, un moratoire sur la consommation du thon rouge de l’Atlantique est et de la Méditerranée, initié par la Fondation Prince Albert II et l’association Monaco Développement Durable (MC2D) est mis en place en Principauté, en collaboration avec les restaurateurs, les détaillants et les grandes surfaces. Grâce à ce consensus national totalement inédit, la principauté montre l’exemple ;  le thon rouge n’est plus proposé à la vente à Monaco, y compris dans les restaurants de sushis !

La tentative d'inscription à la CITES fait bouger les lignes

En 2009, à la 15e session de la Conférence des Parties de Doha (Qatar) en mars 2010, la Principauté (avec la France) lance une procédure d’inscription à l’annexe I de la CITES qui aurait eu pour effet, si elle avait été adoptée, d’interdire le commerce international du thon rouge d’Atlantique est et de la Méditerranée. Bien que non adoptée, la proposition sensibilise l’opinion publique mondiale bien au-delà des frontières de Monaco et contribue à la décision de la CICTA de réduire les quotas de pêche.

De 2011 à 2019, Monaco suspend les captures (pêche professionnelle et de loisir) dans les eaux sous juridiction nationale.

Le thon rouge de Méditerranée
Maquette thon M. Dagnino
Grand moulage à taille réelle, en partie naturalisé (avec quelques vraies parties du squelette), réalisé à partir d’un spécimen de 100 kg capturé au Cap Bon et exposé au Musée océanographique dès 1929 (©Michel Dagnino)

De la science, à la sensibilisation des consommateurs...

Depuis 2008, en partenariat avec le WWF, la Fondation Prince Albert II soutient de nombreux programmes visant la gestion durable et à long terme des populations (et non plus une reconstitution de stocks temporaire) en suivant plusieurs axes de travail : comprendre les déplacements et les comportements de ce grand migrateur pour mieux connaître les stocks et définir des quotas raisonnables, préserver les zones de reproduction (frayères) grâce à des sanctuaires en haute mer ou autres Aires marines protégées, lutter contre la pêche illégale, développer des techniques de pêche et des habitudes de consommation responsables (grâce à Mr.Goodfish), privilégier la pêche artisanale et locale.

La Fondation soutient aussi un programme de marquage de thon rouge par balises satellitaires en collaboration avec la Fédération de Pêche en Mer de Monte-Carlo, dans le sanctuaire Pelagos, une zone où il existe très peu de données. Transmises à la CICTA, les données contribuent à l’estimation des stocks et à la détermination des quotas pour garantir une pêche de thon rouge durable.

Se faisant l’écho des actions de ses partenaires en principauté, l’Institut océanographique prend l’exemple du thon rouge pour informer et mobiliser le grand public sur les défis de la pêche mondiale et sur la disparition des grands prédateurs marins. Eminent spécialiste du thon rouge, le Professeur François Doumenge, directeur du Musée océanographique de 1989 à 2001, a publié de nombreux travaux scientifiques et de vulgarisation sur le sujet, dont « L’histoire des pêches thonières » en 1998. Le sujet fait l’objet de conférences comme celle intitulée « Thon rouge : histoire d’une surpêche et d’une reconstitution ».

Timbre Thon Rouge

La surpêche menace le thon rouge

Thon Mer

Dans la Liste rouge européenne des poissons marins établie en 2015 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le thon rouge de l’Atlantique figure dans la catégorie « quasi menacée ».

La surpêche et la surcapacité des flottilles de pêche sont la principale cause de raréfaction du thon rouge.

Comment en est-on arrivés là ?

De 1990 à 2007, les captures culminaient à des niveaux records de l’ordre de 50 000 tonnes/an, bien au-delà de la capacité du stock à se régénérer. Constatant la surexploitation, la CICTA met en place en 1998 un quota d’environ 30 000 tonnes par an, sans résultat positif car le quota est supérieur aux recommandations scientifiques et surtout, il n’est pas respecté par de nombreux pays, et cela jusqu’en 2007.

LE SAVIEZ-VOUS ?

Le fléau du plastique en mer menace aussi le thon rouge. Selon une étude menée en 2015 sur les grands prédateurs en Méditerranée (thons et espadons), 32.4 % des spécimens de thons rouges étudiés contenaient du plastique dans leur estomac, une vraie inquiétude pour l’UICN et un signal d’alarme sur les effets potentiels de ces débris sur la santé humaine.

En 2006, afin d’éviter l’effondrement total des populations, un plan de reconstitution du stock de l’Atlantique Est et de la Méditerranée est adopté, comprenant des mesures de suivi et de contrôle des activités de pêche (période de fermeture de pêche, obligation d’une « taille minimale de conservation »  de 115 cm ou 30 kg – certains types de pêche disposant de dérogations à 8 kg ou 75 cm), interdiction des avions de reconnaissance, présence d’observateurs à bord des bateaux, traçabilité des captures etc), mais les quotas de pêche restent encore trop élevés.

Peche Thon Bateau
Les thons listao congelés de ce thonier-senneur sont prêts à rejoindre une usine d’emboitage (conserverie) au Cabo Verde (© Pierre Gilles, Explorations de Monaco).

Une petite victoire à la CITES

Sous la pression des ONG et de certains états (dont la Principauté de Monaco et la France) qui prônent l’inscription de l’espèce en annexe 1 de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) – ce qui aurait pour effet d’interdire le commerce international – le quota est revu à la baisse (13 500 tonnes) pour l’année 2010, suivant pour la première fois l’avis scientifique ; une victoire importante pour les organisations oeuvrant pour une pêche durable du thon rouge !

UNE situation QUI s'améliore depuis 2009

Grâce au renforcement du plan de reconstitution et à un contrôle plus efficace, la situation du thon rouge s’améliore à partir de 2009. Les captures déclarées diminuent, les suivis aériens montrent que les jeunes thons rouges sont plus abondants, la biomasse des reproducteurs augmente, les pêcheurs en observent plus régulièrement. Aujourd’hui, l’espèce ne serait plus « surexploitée » mais le stock actuel, bien qu’en meilleur état, est loin d’avoir retrouvé son niveau d’avant la pêche industrielle, et des mauvaises pratiques comme la pêche illégale perdurent

Avec des quotas de pêche fixés à la hausse (32 240 tonnes pour 2019, 36 000 tonnes pour 2020 – dont 19 460 tonnes pour l’Union Européenne et 6 026 tonnes pour la France) – soit les niveaux les plus élevés depuis la mise en place du plan de reconstitution – il reviendra à la communauté internationale, aux scientifiques et aux consommateurs de suivre attentivement l’évolution de la situation du thon rouge de l’Atlantique pendant les prochaines années. Affaire à suivre, donc !

Thon rouge à Monaco - Olivier Jude
Images surprenantes de grands thons rouges croisant dans les eaux côtières de Monaco en juin 2020 (© Olivier Jude & Sylvie Laurent) www.phoctopus.com

Le coin des experts

Débarquement Thon rouge
Débarquements de thon rouge de l’Atlantique est et de la Méditerranée de 1953 à 2017 (Source Ethic Ocean).

Comment sont gérés les stocks de thon rouge ?

Zone Géo CICTA
L’immense zone géographique gérée par la CICTA.

LE ROLE DE LA CICTA

Dans l’océan Atlantique et les mers adjacentes (dont la Méditerranée), c’est la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA) qui est en charge de la conservation et de l’exploitation durable de toutes les espèces de thons et des autres espèces pélagiques marchandes vivant dans la zone (espadon, marlins, requins). En s’appuyant sur les données scientifiques, cette organisation régionale de gestion de la pêche (ORGP) diagnostique l’état des populations, produit des recommandations afin que les pays signataires négocient les accords contraignants, définissent les quotas de pêche (les fameux « TAC », pour « Total admissible de capture ») et adoptent des mesures pour limiter les prises accessoires. Pour le thon rouge de l’Atlantique, la CICTA considère deux entités de gestion distinctes, celle de « l’Atlantique Est et de la Méditerranée »,  (qui représente plus de 90 % des captures et des effectifs totaux du thon rouge de l’Atlantique), et celle de « l’Atlantique Ouest ».

LEs autres thons gérés par la CICTA

Dans la zone gérée par la CICTA, les thons qui côtoient le thon rouge de l’Atlantique sont le thon obèse (Thunnus obesus)(Bigeye tuna), l’albacore ou thon à nagoires jaunes (T. albacares)(Yellowfin tuna), le germon (Thunnus alalunga)(Albacore) et le listao (Katsuwonus pelamis)(Skipjack tuna).

Peche Thon Bateau
Les thons listao congelés de ce thonier-senneur sont prêts à rejoindre une usine d’emboitage (conserverie) au Cabo Verde (© Pierre Gilles, Explorations de Monaco).

Comment est pêché le thon rouge ?

Pêche aux thons 2
Un thonier senneur entoure un banc de thons rouges au large en Méditerranée (© Didier Théron)

Des techniques de capture d’une efficacité redoutable

Les thons rouges sont pris au chalut, à l’hameçon (ligne à main, traine, palangre) ou dans des « madragues » (pièges fixes près de la côte) mais ils sont majoritairement pêchés par les thoniers-senneurs. En Méditerranée, plus de 90 % des captures du thon rouge sont réalisés avec cette méthode. Ces navires de pêche industrielle hypersophistiqués, puissants et rapides (filant à 16 nœuds soit 50 km/h) sont capables de détecter les bancs grâce à une électronique de pointe (radar, sonar). Ils déploient la « senne », un filet gigantesque largué en arc de cercle qui peut recouvrir jusqu’à 20 hectares en mer, et capturent le quota qui leur est alloué en quelques jours seulement.

Cette méthode pose question car elle cible les gros individus venus se reproduire dans des zones spécifiques (notamment autour des baléares, Sicile et de Malte) sur des périodes courtes (mi-mai à mi-juillet). Non seulement, elle « vide » littéralement le milieu marin mais elle porte atteinte à des espèces non ciblées et très menacées (raies Manta, tortues, requins, cétacés) d’autant que beaucoup de thoniers utilisent des Dispositifs concentrateurs de poissons  (DCP), des systèmes flottants intelligents qui attirent les poissons et renseignent à distance les navires sur la quantité de poissons présente. Dans ce cas, les prises accessoires peuvent représenter 5% de la pêche.

Une pêche considérée comme peu équitable

En Méditerranée, beaucoup estiment la pêche à la senne industrielle comme peu équitable, quelques grands bateaux se répartissant la quasi-totalité du quota au détriment des petites unités qui revendiquent aujourd’hui un accès plus important à la ressource.

Le thon rouge fait aussi l’objet d’une pêche récréative ou sportive (quand on est affilié à une fédération), extrêmement encadrée avec interdiction de vente des produits de la pêche. Sur l’année 2020, le quota attribué à la pêche de loisir en France est de 60 tonnes. A Monaco, les conditions de capture du thon rouge sont fixées par ordonnance souveraine.

Découpage Thon Rouge
Thon rouge pêché en Italie- (c) CommonMedia

Une scène de pêche traditionnelle immortalisée par Rossellini

Stromboli Rossellini 1949
Une scène mythique de pêche du thon rouge à la madrague a été immortalisée dans le film « Stromboli » du réalisateur italien Roberto Rossellini tourné dans les années 50 sur l'île-volcan de Stromboli, une des îles Éoliennes au nord de la Sicile.

Quelle est l'importance économique du thon ?

On regroupe sous le nom de « thon » 14 espèces appartenant à 4 genres différents (Auxis, Katsuwonus, Euthynnus, Thunnus), répartis sur quasiment toutes les mers du monde. Cette grande famille de poissons occupe une importance économique majeure dans une économie entièrement globalisée.

Graphique évolution des captures de thons

des prises mondiales en pleine expansion

En 65 ans, les prises mondiales de thon ont augmenté de 1 000 %, passant de 500 000 à 5 millions de tonnes, et la demande pourrait atteindre près de 8 millions de tonnes en 2025 ! En termes de valeur à l’export des produits de la mer, le thon se situe à la 4e place, derrière les crevettes, le saumon et les poissons à chair blanche.

En bout de chaine, la valeur à la vente est estimée à 33 milliards de dollars (soit 24% de l’industrie mondiale des produits de la mer). La consommation moyenne de thon par habitant en 2007 (au niveau mondial) s’établit à environ 0.45 kg par an. Dans l’Union Européenne, c’était plus de 2 kg de thon en boîte par habitant qui était consommé en 2012 !

Thon blanc, aussi appelé germon, Thunnus alalunga, naturalisé. Collections de l’Institut océanographique © Michel Dagnino
Collections de l’Institut océanographique © Michel Dagnino

Thon blanc, aussi appelé germon, Thunnus alalunga, naturalisé.

Sur les 14 espèces de thon, 7 ont une importance commerciale majeure.

3 espèces* (Thon rouge de l’Atlantique, Thon bleu du Pacifique, Thon rouge du sud) représentent seulement 1 % du volume des captures.

Importance Commerciale Thon Rouge

Pourquoi le thon rouge
est-il si recherché ?

Dans le bassin méditerranéen, le thon rouge de l’Atlantique est exploité depuis le Néolithique comme l’attestent les gravures rupestres des grottes de l’île Levanzo, près de la Sicile (photo ci-dessous, complètement à droite : il s’agit d’un thon et non d’un dauphin !).

Il est également présent sur cette pièce de monnaie gréco-hispano-carthaginoise en bronze (200 à 100 avant J.C.), originaire de Gadès ou Carthago Nova, cité grecque installée en Espagne. Coll. Institut océanographique.

Découpe Thon 1

Une star de la cuisine japonaise

Aujourd’hui, le thon rouge sert à confectionner des sashimis et des sushis destinés à des consommateurs amateurs de cuisine japonaise et soucieux de leur santé. Les autres thonidés (bonite à ventre rayé, germon, albacore) sont davantage utilisés dans les conserves et autres produits préparés et conservés.

Les thons rouges de qualité supérieure atteignent des records en termes de prix. En janvier 2019, à l’occasion des enchères du Nouvel An de Tokyo, un thon rouge du Pacifique (Thunnus orientalis cousin du thon rouge de l’Atlantique Thunnus thynnus) de 278 kg, pêché dans le nord du Japon, a été adjugé pour la somme incroyable de 2,7 millions d’euros!

Thons rouges au marché de Tsukiji, Japon.

© François Simard

le thon de Méditerranée s'exporte...

A l’échelle du bassin méditerranéen, plus de 20 pays exploitent le thon rouge ce qui en fait une ressource marine hautement partagée dont la gestion ne peut être menée que dans un cadre international. Sur les 2 dernières décennies, 60% des captures ont été réalisés par la France, l’Espagne, l’Italie et le Japon, conférant à ces pays une responsabilité particulière.

L’immense majorité des thons rouges pêchés en Méditerranée par la pêche industrielle est destinée à l’aquaculture et à l’activité d’embouche qui sert à alimenter le marché japonais.

Découpage Poisson
© Michael Wave

Quels sont la taille et le poids d'un thon rouge ?

Quelle est la taille du thon rouge ?
Avec 678 kilos et 3 mètres, ce spécimen capturé en Nouvelle Ecosse (Canada) en octobre 1979 est considéré par l’International Game Fish Association comme le plus gros spécimen de thon rouge de l’Atlantique jamais capturé.

Un poisson des records

Le thon rouge de l’Atlantique est un poisson marin de grande taille et le plus grand dans la famille des « thons ». A l’âge de 30 ans il peut atteindre 3 mètres et dépasser les 600 kg ! Sa taille et son poids à la maturité diffèrent selon la zone géographique. En Méditerranée, il est adulte à l’âge de 4 ans (soit 30 kg pour une longueur de 120 cm environ) alors qu’il lui faut 9 ans en Atlantique Ouest (soit 150 kg pour 190 cm environ).

Le thon rouge est de plus en plus observé au large des îles britanniques comme ici dans la Manche © John Ovenden, photographer

"Petit" ou "gros" ?

Dans notre mémoire collective, la taille et le poids que peuvent atteindre certaines espèces animales (crocodiles, requins, gros poissons comme les morues ou les flétans) ont disparu. En une ou deux générations à peine, on a chassé, pêché, éliminé les gros individus. Ce que l’on considère aujourd’hui comme de « gros » spécimens, ne sont en fait que des « petits » ou des « moyens » ! Le thon rouge de l’Atlantique n’échappe pas à cette règle. Un poisson de 30 kg – un poids déjà assez conséquent – n’est qu’un « bébé » par rapport aux gros individus de plusieurs centaines de kilos !

Silhouettes thons et humain
Un thon de 30 kilos n’est qu’un « bébé » par rapport aux gros individus de plusieurs centaines de kilos !

On dit "Thon Rouge",

mais de quelle espèce parle-t-on ?
Image thon rouge Stéphane Le Gallais
Un thon rouge de grande taille observé au large de la Corse (© Stéphan Le Gallais – Photographies sous-marines)

Thon rouge dE L'atlantique

Le thon rouge de l’Atlantique (Thunnus thynnus) vit dans l’Océan Atlantique, en Méditerranée et en mer Noire. Il se déplace en bancs et effectue d’importantes migrations pour se nourrir et se reproduire. Evoluant plutôt dans les eaux de surface, il peut plonger profondément, jusqu’à 1000 m de profondeur. Ce prédateur vorace et rapide (il est capable de pointe de vitesse de plus de 100 km par heure) se nourrit de poissons, de calamars et de crustacés pélagiques (vivant en pleine eau). Poisson des records, il peut vivre jusqu’à 40 ans ou plus, atteindre 3 m de longueur et peser 600 kg ! Situé au sommet de la chaîne alimentaire marine, ses prédateurs sont l’orque, le grand requin blanc .. et l’Homme !

Madrague Thon - Roi Dom Carlos Ier
Reproduction d’époque d’une œuvre au pastel réalisée par le Roi Dom Carlos Ier, Roi du Portugal (1899), intitulée « Le lever des filets d’une Madrague (Algarve)» (O levantar de uma armação do atum, Algarve), offerte à l'empereur Guillaume II d'Allemagne. Collections de l’Institut océanographique (©Michel Dagnino)

Répartition géographique du thon rouge

Cette carte montre la distribution spatiale du thon rouge de l’Atlantique : en bleu son aire de répartition, en jaune les zones de ponte connues. Les flèches noires indiquent les principales routes migratoires (Figure adaptée de Fromentin et Powers – 2005) © Ifremer.

Voir le fichier source dans son contexte

Fromentinetal
Le cycle de vie du thon rouge de l’Atlantique

LE SAVIEZ-VOUS ?

Le thon rouge est l’un des rares poissons capable d’endothermie : il adapte sa température corporelle à son environnement et peut ainsi évoluer dans les eaux froides (où il se nourrit) ou chaudes (où il se reproduit), soit de 3 à 30°C !
thons Monaco
Lancés à pleine vitesse, les thons rouges sont capables de faire des bonds
spectaculaires hors de l’eau. Images prises au large de la Principauté (© Patrice Garziglia)

Autres ressources
sur les tortues marines

Les tortues marines, c'est l'affaire de tous !

Espèces protégées par diverses conventions mais toujours menacées selon l’IUCN, les tortues de mer font l’objet de nombreuses attentions : études, suivis, soins. Professionnels, bénévoles et passionnés essaient de mieux connaître leur cycle de vie, leurs comportements, leurs migrations et surtout essaient de minimiser les  impacts des activités humaines à leurs égards.

Un grand rassemblement annuel de spécialistes au chevet des tortues marines​

Organisé par l’International Sea Turtle Society (ISTS), organisation à but non lucratif, créée en 1996, ce colloque dédié à la recherche et la conservation des tortues marines réuni habituellement plus de 1000 personnes qui représentent plus de 80 pays.

Cette communauté de divers horizons : biologistes, écologistes, éducateurs partagent leurs connaissances, renforcent les réseaux et collaborent pour préserver les tortues de mer.

Régulièrement, l’Institut océanographique envoie des membres de son équipe afin de se tenir à jour sur l’état des populations, des nouvelles problématiques et menaces émergentes et partager autour d’actions communes à mener.

Autres ressources Tortues
Le symposium international sur les tortues marins s'est tenu à Lima en 2016 © Institut océanographique
Autres ressources Tortues
Atelier de travail avec des pêcheurs péruviens autour de la problématique des captures accessoires © Institut océanographique

Un groupe de spécialistes pour les tortues marines françaises

Animé par le Service du Patrimoine Naturel du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, le Groupe Tortues Marine France (constitué en 2007) rassemble des acteurs qui travaillent sur les tortues marines.

Le deuxième colloque organisé par le GTMF s’est tenu du 8 au 10 septembre 2015 à la Maison des océans à Paris. Une centaine de spécialistes francophones avaient comme objectif de renforcer les politiques publiques et les actions de gestion en faveur de ces reptiles migrateurs présents en France métropolitaine et dans les outre-mers.

 

Autres Ressources Tortues
Les participants du 2e colloque national sur les tortues marines organisé par le GTMF en partenariat avec l'Institut océanographique © Michel Dagnino - Institut océanographique

Les tortues marines, des collectivités locales et territoriales engagées...

Chaque région ou territoire qui accueille des tortues marines sur ses plages ou dans ses eaux littorales ont développé un réseau Tortues marines et propose de nombreux outils éducatifs : chansons, jeux, vidéos, infographies et informations générales ou par espèces permettent ainsi de s’informer à tous les âges.

Robuste jusqu'à l'immortalité

La reproduction chez les méduses, le début de la reproduction sexuée

Les méduses représentent la première manifestation de la sexualité chez chez les animaux pluricellulaires ; il y a des méduses mâles et des méduses femelles, leurs gonades (organes sexuels) produisent des spermatozoïdes et des ovules. Les premiers stades du développement sont identiques quel que soit le type de méduse.

Un peu de vocabulaire

Le stade fixé s’appelle hydraire,

certaines méduses n’ont qu’un stade fixé.

Le stade libre s’appelle méduse,

ce qui crée une confusion avec l’animal méduse.

LA REPRODUCTION SEXUÉE

La plupart du temps, les cellules reproductrices sont évacuées directement dans la mer où a lieu la fécondation. 

Mais chez certaines espèces de méduses, la fécondation est interne, ce qui signifie que les spermatozoïdes libérés dans la mer sont ingérés par les femelles et vont rejoindre les ovules pour les féconder. L’oeuf est alors évacué par la bouche, comme chez Pelagia noctiluca.

Certaines espèces sont hermaphrodites et émettent des cellules sexuelles mâles et femelles comme chez Chrysaora hysoscella, très grosse méduse des côtes atlantiques.

Après la fécondation, l’œuf évolue en quelques heures en une larve cilié appelée planula.

Chrysaora hysoscella from Enoshima Aquarium
Chrysaora hysoscella, méduse rayonnée ou méduse boussole © Aquarium de Enoshima, Japon.
Cycle de reproduction - hydroméduse
Cycles de reproduction des hydroméduses © Caroline Pascal – Institut océanographique

BOURGEONNEMENT POUR LES HYDROMéDUSES

Généralement chez les Hydroméduses, la planula tombe sur le fond, s’y fixe et se transforme en un petit polype pourvu de tentacules urticants et d’un unique orifice central, à la fois bouche et anus.

Ce polype va immédiatement produire des bourgeons par multiplication asexuée, chaque bourgeon libérant une méduse.

Certains bourgeons peuvent se détacher et produire une nouvelle colonie.

Il y a toujours des exceptions avec des espèces qui n’ont pas de stade fixé comme Liriope ou des espèces qui n’ont pas de stade libre (stade méduse) comme Sertularia.

Cycle de vie de l’hydroméduse Cladonema radiatum : polype et bourgeons, jeunes méduses.
© Microaquarium – Institut océanographique

STROBILATION POUR LES SCYPHOMÉDUSES

Chez les Scyphoméduses, la planula tombe également sur le fond, s’y fixe et devient un polype d’une autre forme, appelé scyphistome qui peut aussi bourgeonner et former une petite colonie mais la plupart du temps ces formes sont solitaires.

Des sillons apparaissent sur la partie supérieure du scyphistome formant comme une pile d’assiettes, c’est la strobilation. Le premier segment se libère par contractions violentes et ainsi de suite, et ces petites méduses appelées éphyrules, grandissent et deviennent des méduses adultes sexuées.

Chez les cuboméduses, les spermatozoïdes, groupés dans une poche, le spermatophore, sont déposés par la bouche du mâle sur un tentacule de la femelle, qui les recueille par sa propre bouche. La fécondation a lieu dans les poches gastriques. Le polype issu de la planula a des tentacules aux extrémités renflés (capités), il rampe sur le fond avant de se fixer, puis se métamorphose complètement pour donner une seule méduse.

Cycle de vie de la scyphoméduse Aurelia aurita : polypes, scyphistome, strobile, éphyrules.
© Microaquarium – Institut océanographique

Cycle de reproduction - scyphoméduse
Cycles de reproduction des scyphoméduses © Caroline Pascal – Institut océanographique
Immortalité des méduses
L’immortalité des méduses © Caroline Pascal – Institut océanographique

RAJEUNIR OU DEVENIR IMMORTALITé

Lorsque la nourriture se fait rare, les méduses sont capables de décroître, réduisant fortement leur taille et allant jusqu’à consommer leurs gonades qu’elles venaient de produire. Elles redeviennent ainsi juvéniles.

Mais pour certaines espèces, comme Turritopsis nutricula, la méduse sur le point de mourir peut dégénérer et devenir un kyste qui se développera de nouveau en polype. C’est pourquoi elle est appelée « la méduse immortelle » depuis qu’un étudiant allemand a observé ce processus en 1988. 

Au lieu de mourir, la méduse tombe sur le sol, où son corps se replie sur lui-même. L’ombrelle réabsorbe les tentacules et dégénère jusqu’à devenir une goutte gélatineuse. Au bout de plusieurs jours, il se forme comme une enveloppe extérieure, un kyste. Quand les conditions redeviennent favorables, les stolons qui ressemblent à des racines, s’allongent jusqu’à former un nouveau polype qui produira de nouvelles méduses.

Cependant ce processus n’est pas spécifique à Turritopsis et quelques autres chercheurs ont pu l’observer sur d’autres espèces lorsque les conditions de l’élevage se dégradaient. Cette découverte ne s’est faite jusqu’à présent qu’en laboratoire.

Les méduses en vidéos

Voir aussi

De l’usage à l’utilité des méduses

La méduse, une ressource naturelle !

Utilisées pour hydrater les pieds de vignes il y a quelques siècles en Charente, les méduses sont aussi consommées depuis un millénaire par les populations asiatiques. Considérées traditionnellement comme bénéfiques pour la santé, elles ont la réputation de soigner l’arthrite, l’hypertension, les douleurs de dos et les ulcères, d’améliorer la digestion, de remédier à la fatigue, et même d’adoucir la peau.

CONSOMMER DES MEDUSES

Parmi une dizaine d’espèces comestibles, Rhopilema esculentum et Stomolophus meleagris font partie des plats populaires de Chine, même si aujourd’hui c’est au Japon qu’est consommée la moitié des méduses vendues dans le monde.

La méduse séchée est réhydratée par trempage dans l’eau pendant plusieurs heures, avant d’être coupée en lanière et mélangée en salade avec diverses sauces pimentées, légumes, poulet ou autres fruits de mer.

Boîte Sliced jellyfish
Seules quelques espèces sont comestibles, comme Rhopilema esculentum, dont le nom signifie succulente © Michel Dagnino – Institut océanographique
Méduse échouée
Le collagène est une protéine qui assure la cohésion, l’élasticité et la régénération des tissus. © Pixabay License

LE COLLAGèNE DES MéDUSES

Le collagène est une protéine essentielle pour la structuration des organismes, et la cicatrisation. 

La maladie de la vache folle a orienté la recherche de collagène vers d’autres animaux que les bovins. C’est ainsi qu’une équipe de recherche de l’Université de Lyon, dirigée par Suzanne Franck, a découvert chez les méduses un collagène très proche du collagène embryonnaire humain de type V.

Ce collagène sert de fausse peau pour les victimes de brûlures, de support de culture en cytologie et se révèle un soin antiride efficace en cosmétologie.

LES MÉDUSES, LA CLÉ DE COMPRÉHENSION De l'évolution

De nombreuses méduses s’enkystent quand leur environnement se dégrade.

Il y a une dédifférenciation des tissus, donc une régression, puis une réorganisation due à la présence de cellules souches capables de restructurer le corps de l’animal. Comprendre les mécanismes qui déclenchent l’évolution des cellules souches vers des catégories cellulaires fonctionnelles est là aussi une étape fondamentale.

Peut-être les méduses nous livreront-elles la clé de cette propriété qui se serait perdue au fil de l’évolution ?

illustration évolution
Les méduses sont au cœur du processus évolutif animal : ébauche de cerveau, reproduction sexuée et différenciation des tissus… © Caroline Pascal – Institut océanographique
Souris
Deux souris exprimant une protéine fluorescente verte améliorée (eGFP) sous éclairage UV encadrant une souris ordinaire.© Moen I. et al /CC BY (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0

LES MéDUSES à l'origine
de 2 PRIX NOBEL

Le prix Nobel de médecine et de physiologie est attribué en 1913 à Charles Richet pour la découverte, avec Paul Portier, de l’anaphylaxie (forme sévère d’allergie qui touche tout l’organisme et peut conduire à la mort) causée par des physalies. 

L’étude de ces dernières a été menée lors des campagnes du Prince Albert Ier de Monaco, fondateur de l’Institut océanographique.

Le prix Nobel de chimie est décerné en 2008 à Osamu Shimomura, Martin Chalfie et Roger Tsien pour la découverte et les applications de la protéine fluorescente verte, découverte dans la méduse Aequorea victoria.

Cette protéine est utilisée dans la recherche médicale pour suivre l’évolution de tumeurs chez des souris ou des processus de croissance de nouveaux vaisseaux sur des animaux vivants. 

La protéine fluorescente verte est considérée comme le microscope du XXIe siècle.

Voir aussi

SANTé et OCéAN

les bienfaits de l'océan

La pandémie de coronavirus et la situation tout à fait inhabituelle qui en résulte sont des moments particulièrement difficiles à vivre. Paradoxalement, c’est aussi une occasion propice pour s’interroger sur les relations entre la santé humaine et l’environnement qui nous entoure… 

L’Institut océanographique se penche naturellement sur la relation entre notre santé, l’Océan et une biodiversité préservée. Car l’Océan est source de solutions !

L’Océan nous soigne, grâce aux molécules produites par des organismes marins, et ceci ne fait que commencer, les organismes marins pouvant rapidement jouer un rôle similaire à celui que tiennent leurs cousins terrestres depuis des siècles !

Les organismes marins servent aussi de modèles d’étude car ils possèdent souvent les caractéristiques proches de l’organisme modèle idéal (prolifiques en embryons, lignage cellulaire simple et reproductible, développement embryonnaire souvent externe, etc.). Ils ont permis des découvertes majeures dans les domaines variés de la physiologie, de la médecine et de la chimie, allant jusqu’à plusieurs prix Nobel.

Au quotidien, une bonne santé commence par une alimentation saine et équilibrée. L’Océan procure chaque jour une partie des éléments dont notre métabolisme a besoin, mais encore faut-il préserver la qualité du milieu !

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indonesie Poisson
En Indonésie, comme ici à Banggaï, les poissons fournissent au moins 50 % des protéines animales consommées par la population.
Les calamars séchés permettent de conserver un stock de protéines pendant des mois
Les calamars séchés permettent de conserver un stock de protéines pendant des mois

Un Océan sain pour une alimentation saine

La santé passe par une alimentation suffisante et équilibrée, notamment un apport régulier de protéines, vitamines, lipides, minéraux, oligo-éléments. L’Océan nous apporte une bonne partie de ces éléments indispensables à notre métabolisme.

Au niveau mondial, 20 kg de poissons sont consommés par an et par personne. 17 % des protéines animales consommées par l’homme viennent de la pêche et de l’aquaculture. En Indonésie ou au Sri Lanka, ils fournissent au moins 50 % des protéines animales consommées par la population. C’est dire l’enjeu majeur que présente la préservation des ressources pour la sécurité alimentaire et la santé ! Malheureusement, victimes de la surpêche, de la pollution et de la pêche illégale, les stocks mondiaux de poissons déclinent. 33 % sont surexploités (en Méditerranée, ce taux atteint 62 % !) et 35 % des poissons pêchés n’arriveraient pas dans notre assiette, un gaspillage tout au long de la chaîne, que l’on ne doit plus tolérer. Si l’humanité souhaite rester en bonne santé, il est indispensable, dès maintenant, de gérer les ressources de manière vraiment durable. Et cela est possible !

 Certains spécialistes estiment que, s’il est bien protégé et géré, l’Océan pourrait assurer en 2050 deux tiers des besoins alimentaires mondiaux de protéines estimés à 500 millions de tonnes.

Encore faut-il pour cela que l’Océan reste un milieu sain, pour les organismes comme pour nous. L’Océan, remarquablement robuste aux perturbations, est malheureusement parfois « dépassé » par des pollutions d’origine terrestre : pesticides comme le chlordécone, métaux lourds, pollutions organiques urbaines, ainsi que les questions émergentes des perturbateurs endocriniens ou des nanoparticules. Parfois, c’est la dégradation des écosystèmes qui pose des problèmes sanitaires, comme lorsque la mort des coraux laisse la place aux algues et à la ciguatera toxique.

On a pu longtemps prendre l’Océan pour un garde-manger inépuisable et en même temps une poubelle sans fond. Il nous faut aujourd’hui prendre soin d’un milieu extrêmement vivant, qui nous nourrit et nous soigne!

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Découvrez les Fiches de l’Institut rédigées par nos experts sur ce thème :

L’Océan qui soigne

L’Océan est le berceau de la vie sur notre planète. Il héberge encore une vie extrêmement variée : 34 des 36 phylums existants, dont 14 sont d’ailleurs restés exclusivement marins, 300 000 espèces connues et plus encore d’espèces inconnues.

Les particularités des organismes marins en font une réserve encore peu explorée de voies thérapeutiques pour le futur.

Les exemples de molécules extraites du vivant abondent, utilisées comme agents anticancéreux, antimicrobiens, antiviraux, anti-inflammatoires, antidiabétiques, antihypertenseurs, anticoagulants, antioxydants. Parmi les 145 000 à 150 000 substances naturelles décrites, on estime à quelque        25 000 le nombre de produits d’intérêt pharmacologique ou cosmétique déjà obtenus d’organismes marins, dont plus de 30 % produits par des éponges. Ce nombre a augmenté depuis les dernières décennies laissant présager dans un proche avenir la mise sur marché de nombreux nouveaux remèdes.

C’est que les conditions auxquelles sont exposés les animaux marins (hé oui, en termes de biomasse, l’Océan est plutôt le domaine des animaux, alors que le milieu terrestre est plutôt celui des végétaux) sont aussi diverses qu’originales. Dans les abysses plongés dans la nuit éternelle, des écosystèmes s’organisent autour des sources hydrothermales. L’énergie ne vient plus du soleil, mais de la chimie de ces eaux très chaudes, chargées de soufre et de minéraux. Dans les eaux polaires, poissons et invertébrés résistent à des températures autour de 0 °C. Et partout dans le monde, des animaux fixés au fond doivent, faute de pouvoir fuir les prédateurs, développer un arsenal biologique pour se défendre et préserver leur espace vital.

Depuis des millions d’années, le milieu marin et en particulier le récif corallien vivent une course aux armes chimiques ! Dans un milieu hautement compétitif, les organismes produisent des métabolites et des médiateurs chimiques qui jouent un rôle fondamental dans la structuration et le fonctionnement des écosystèmes, par exemple dans la compétition pour l’espace, la colonisation des surfaces, la défense contre la prédation, la séduction pour la reproduction, etc. Ces attractants ou répulsifs présentent un grand intérêt dans différents domaines relevant de la chimie pour le vivant (santés humaine et animale, cosmétique, phytopharmacie, peintures antifouling…).

Les premiers travaux significatifs en chimie des substances naturelles marines sont ceux du professeur Werner Bergmann, en 1951, qui isole d’une éponge de Floride des nucléosides (éléments constitutifs des acides nucléiques, ADN et ARN) inhabituels que les pharmacochimistes eurent l’idée d’utiliser pour la conception de molécules antitumorales. En 1969, les chercheurs découvrirent dans une gorgone des Caraïbes Plexaura homomalla des quantités importantes d’une prostaglandine (molécules capables de provoquer ou de stimuler les contractions de l’utérus) que l’industrie pharmaceutique peinait à synthétiser. Aujourd’hui, la plupart des molécules d’origine marine en développement clinique sont destinées au traitement des cancers, ou à la lutte contre les virus.

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Corail-Pocillopora-edouxi
Corail-Pocillopora-edouxi
Un hippocampe sur une gorgone de la famille des Plexauridae.
Un hippocampe sur une gorgone de la famille des Plexauridae.
Récif corallien
Récif corallien
Le zoanthaire Palythoa grandis
Le zoanthaire Palythoa grandis produit une toxine puissante, la Palytoxine.
Détail corail Turbinaria réniformis ©M.Dagnino
Détail corail Turbinaria réniformis

DES ANIMAUX MARINS A NOTRE RESCOUSSE

Plus de mille composés isolés d’organismes marins présentent ainsi des actions antivirales et selon une étude récente, la griffithsine, une protéine isolée de l’algue rouge du genre Griffithsia sp., pourrait être un inhibiteur de certains coronavirus en inhibant leurs protéines à pointe, à l’origine de leur aspect en couronne, ce qui empêcherait leur entrée dans les cellules hôtes.

A partir de l’hémoglobine d’un ver marin, l’arénicole qui vit dans le sable, la société de biotechnologie Hemarina a développé un « respirateur moléculaire », une molécule d’origine marine qui possède la propriété de mieux stocker et transporter l’oxygène que l’hémoglobine humaine (elle en fixe 40 fois plus !). Cette molécule devrait rentrer dans une phase test sur des patients atteints du coronavirus avec l’objectif de traiter le syndrome de détresse respiratoire liée au Covid-19, libérant ainsi les respirateurs artificiels pour d’autres patients et soulageant ainsi les services hospitaliers. Ce respirateur moléculaire pourrait trouver d’autres applications dans des cas très particuliers, comme le transport d’organes avant transplantation.

La société marseillaise Coral Biome s’intéresse quant à elle à la palytoxine (produite par des coraux mous du genre Palythoa, ordre des Zoanthaires), une molécule hautement toxique utilisée en traitement contre certains cancers.

De nombreux composés, actuellement en développement clinique pour des activités anticancéreuses, ont été isolés des ascidies coloniales Didemnum molle, invertébrés marins sessiles (caractérisés par leur fixation à un support) communs vivant au sein du récif corallien.

Environ 1 000 fois plus efficace que la morphine, un antalgique synthétisé en copiant une molécule présente dans le venin du cône Conus magus (un mollusque gastéropode marin) est particulièrement indiqué pour alléger les douleurs chroniques intenses.

L’Océan est ainsi une immense bibliothèque autant qu’une pharmacie. Il est essentiel de reconnaître et de valoriser ces fonctions, et d’éviter de les voir s’évaporer par les conséquences du changement climatique, ou de la surexploitation des espèces et de la dégradation des écosystèmes marins, portées par une vue trop courte focalisée sur les profits de la pêche, des hydrocarbures et bientôt des ressources minérales.

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Les organismes marins, modèles pour la science...

L’Océan offre de précieux modèles pour la recherche fondamentale et nombreux sont les travaux qui ont permis de réaliser des avancées décisives en physiologie, médecine et chimie. Pas moins de treize prix Nobel de médecine ou de chimie ont été décernés pour des travaux basés sur des organismes aquatiques : poissons, cnidaires comme la méduse Aequorea victoria ou le siphonophore Physalia physalis, mollusques (bivalves, céphalopodes, limaces de mer), crustacés (crabes), échinodermes (oursins, étoiles de mer), jusqu’à des protozoaires…

C’est grâce à ses travaux sur les intestins des anémones ou sur une étoile de mer qu’Ilya Ilyich Mechnikov, a découvert les phagocytes et la phagocytose (le processus permettant à une cellule d’englober puis de digérer une substance étrangère) en 1883. Il partagea avec Paul Ehrlich le prix Nobel Physiologie et Médecine 1908 et est considéré depuis comme le père de l’immunité cellulaire.

En mesurant les changements de charges électriques et la façon dont les impulsions nerveuses sont échangées entre cellules dans une très grande fibre nerveuse d’une espèce de calmar, John Carew Eccles, Alan Lloyd Hodgkin et Andrew Fielding Huxley furent des précurseurs dans l’étude de la transmission de l’influx nerveux et reçurent conjointement le prix Nobel de physiologie ou médecine 1963.

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Anéméone tomate
Anéméone tomate
Sphaerechinus granularis
L’oursin Sphaerechnis granularis
Hipppocampe moucheté Hippocampus ramulosus
L’hippocampe intéresse les chercheurs car l’expression des gènes du développement fœtal pendant la grossesse (du mâle) ressemble fortement à celle des gènes humains.

ET A L'ORIGINE DE NOMBREUX PRIX NOBEL

L’oursin servit de modèle à Otto von Warburg pour découvrir les vagues calciques anti-polyspermie (un seul spermatozoïde par ovocyte). Pour Eric Kandel et ses travaux sur les bases moléculaires de la mémoire, ce fut une limace de mer.

En étudiant le cycle cellulaire des œufs de l’oursin, Sir Tim Hunt découvrit les cyclines et démontra que ces protéines qui se décomposent au cours des différentes phases du cycle cellulaire jouent un rôle crucial dans sa régulation, non seulement chez les échinodermes, mais également chez les vertébrés. Ces recherches eurent plus tard d’importantes retombées dans l’étude des molécules clés impliquées dans le développement des cancers (cycline et kinase) et valurent à Timothy Hunt, Leland Hartwell et Paul M. Nurse, le prix Nobel de Physiologie et Médecine 2001.

Le prix Nobel de Chimie 2008 récompensa Osamu Shimomura, Martin Chalfie et Roger Tsien pour la découverte dans les organes électroluminescents de la méduse Aequorea victoria d’une protéine fluorescente verte (GFP pour Green Fluorescent Protein) qui brille intensément sous la lumière ultraviolette. Cette protéine révolutionna véritablement les sciences de la vie en permettant de suivre, entre autres, comment les tumeurs cancéreuses forment de nouveaux vaisseaux sanguins, comment la maladie d’Alzheimer tue les neurones cérébraux et comment les cellules infectées par le VIH produisent de nouveaux virus.

Cette protéine synthétisée depuis 1994 est utilisée dans la recherche médicale. Les scientifiques parviennent aujourd’hui à modifier le gène contrôlant la production de GFP pour donner des colorations différentes qui permettent d’étudier les protéines dans leur environnement naturel et de comprendre certains processus pour améliorer nos connaissances sur le réseau complexe qu’est le cerveau humain.

L’æquoréine, une autre protéine extraite de la méduse Aequorea victoria permet quant à elle de doser le calcium dans les tissus musculaires au niveau du contact des terminaisons nerveuses.

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La découverte de l’anaphylaxie

Travaux à bord de la Seconde Princesse Alice
Travaux à bord de la Seconde Princesse Alice

Durant l’été 1901, le Prince Albert Ier dirigea son expédition annuelle dans l’Atlantique, des îles du Cap Vert aux Açores.  Au cours des campagnes précédentes, avec le Docteur Jules Richard, son proche collaborateur, il avait eu l’occasion d’observer que les matelots manifestaient une douleur extrêmement vive, pouvant aller jusqu’à la syncope, au contact d’une sorte de méduse, un cnidaire pélagique appelé physalie Physalia physalis. Il pensa qu’un venin était sans doute en cause.

Travaux à bord de la Seconde Princesse Alice
Travaux à bord de la Seconde Princesse Alice
le Prince Albert Ier
le Prince Albert Ier

Charles Richet, Professeur à la Faculté de Médecine de Paris, et Paul Portier, assistant de physiologie à la Sorbonne, furent invités à se joindre à l’expédition afin d’isoler ce venin et étudier ce phénomène.  Les travaux réalisés à bord de la seconde Princesse-Alice avec la physalie, puis à leur retour à Paris, notamment avec les anémones Actinia equina et Anemonia cerae, consistèrent à injecter dans des animaux cobayes (chiens et pigeons) des extraits de cnidaires, avec un laps de temps suffisamment long entre chaque injection et en utilisant de faibles doses de toxines. 

le Prince Albert Ier
le Prince Albert Ier
Tableau Le laboratoire Louis Tinayre 1908 © M.Dagnino
le Prince Albert Ier

Au lieu d’être immunisés, les animaux cobayes manifestèrent une sensibilité de plus en plus grande, allant jusqu’à la mort.  Richet et Portier publièrent la découverte de l’anaphylaxie en 1902 et la définirent ainsi : « Nous appelons anaphylactique, au contraire de phylaxie, la propriété dont est doué un venin de diminuer et non de renforcer l’immunité, lorsqu’il est injecté à des doses non mortelles ».  Cette découverte posa les premières bases de l’allergologie (ensemble des connaissances relatives aux réactions provoquées dans l’organisme par l’introduction d’une substance étrangère appelée antigène) et valut à Charles Richet le prix Nobel de Physiologie et Médecine 1913.

Lien vers le prix Nobel : https://www.nobelprize.org/prizes/medicine/1913/richet/lecture/

Timbre 1901 Decouverte de l'anaphylaxie
Travaux à bord de la Seconde Princesse Alice
Portrait du Dr Richet
Portrait du Dr Richet

En expérimentant avec des extraits de tentacules de certaines anémones de mer, Richet et Portier trouvèrent que les chiens qui avaient reçu une injection de cet extrait devenaient excessivement sensibles à l'action d'une seconde dose. Ces chiens pouvaient être tués par une quantité qui représentait seulement une fraction de la dose fatale pour un chien non traité. Ils appelèrent Anaphylaxie cet état de sensibilité anormale du sujet à l'action de certaines substances. […] Il y eut au début beaucoup de surprise et d'incrédulité car les savants avaient jusqu'ici, été accoutumés à regarder la réaction d'immunisation ou de diminution de la sensibilité comme la réponse appropriée d'un organisme à l'injection de substances étrangères. Il était donc étonnant que le phénomène exactement opposé pût se produire. Ainsi les lois de l'immunité étaient complètement bouleversées.

Biomimétisme et bio-inspiration

Le biomimétisme et la «bio-inspiration » (certains chercheurs considèrent qu’on ne copie pas la nature mais qu’on s’en inspire) sont des approches qui consistent à étudier la nature sous ses innombrables formes (animaux, plantes, champignons, micro-organismes, écosystèmes). Elles nous offrent la possibilité de changer notre façon de cultiver ou d’élever des organismes, de fabriquer des matériaux, de stocker de l’information, de nous soigner ou de produire de l’énergie. Les récifs coralliens, parce qu’ils sont des communautés extrêmement productives, riches en biodiversité et le territoire d’expression d’une multitude de médiateurs chimiques, constituent une source d’inspiration précieuse en matière de santé, pour nos cités contemporaines en recherche de solutions efficaces et durables.

Nautile
Le nautile, source d'inspiration et pas que pour Jules Verne ! (c) Universcience

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