La surpêche menace le thon rouge

Thon Mer

Dans la Liste rouge européenne des poissons marins établie en 2015 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le thon rouge de l’Atlantique figure dans la catégorie « quasi menacée ».

La surpêche et la surcapacité des flottilles de pêche sont la principale cause de raréfaction du thon rouge.

Comment en est-on arrivés là ?

De 1990 à 2007, les captures culminaient à des niveaux records de l’ordre de 50 000 tonnes/an, bien au-delà de la capacité du stock à se régénérer. Constatant la surexploitation, la CICTA met en place en 1998 un quota d’environ 30 000 tonnes par an, sans résultat positif car le quota est supérieur aux recommandations scientifiques et surtout, il n’est pas respecté par de nombreux pays, et cela jusqu’en 2007.

LE SAVIEZ-VOUS ?

Le fléau du plastique en mer menace aussi le thon rouge. Selon une étude menée en 2015 sur les grands prédateurs en Méditerranée (thons et espadons), 32.4 % des spécimens de thons rouges étudiés contenaient du plastique dans leur estomac, une vraie inquiétude pour l’UICN et un signal d’alarme sur les effets potentiels de ces débris sur la santé humaine.

En 2006, afin d’éviter l’effondrement total des populations, un plan de reconstitution du stock de l’Atlantique Est et de la Méditerranée est adopté, comprenant des mesures de suivi et de contrôle des activités de pêche (période de fermeture de pêche, obligation d’une « taille minimale de conservation »  de 115 cm ou 30 kg – certains types de pêche disposant de dérogations à 8 kg ou 75 cm), interdiction des avions de reconnaissance, présence d’observateurs à bord des bateaux, traçabilité des captures etc), mais les quotas de pêche restent encore trop élevés.

Peche Thon Bateau
Les thons listao congelés de ce thonier-senneur sont prêts à rejoindre une usine d’emboitage (conserverie) au Cabo Verde (© Pierre Gilles, Explorations de Monaco).

Une petite victoire à la CITES

Sous la pression des ONG et de certains états (dont la Principauté de Monaco et la France) qui prônent l’inscription de l’espèce en annexe 1 de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) – ce qui aurait pour effet d’interdire le commerce international – le quota est revu à la baisse (13 500 tonnes) pour l’année 2010, suivant pour la première fois l’avis scientifique ; une victoire importante pour les organisations oeuvrant pour une pêche durable du thon rouge !

UNE situation QUI s'améliore depuis 2009

Grâce au renforcement du plan de reconstitution et à un contrôle plus efficace, la situation du thon rouge s’améliore à partir de 2009. Les captures déclarées diminuent, les suivis aériens montrent que les jeunes thons rouges sont plus abondants, la biomasse des reproducteurs augmente, les pêcheurs en observent plus régulièrement. Aujourd’hui, l’espèce ne serait plus « surexploitée » mais le stock actuel, bien qu’en meilleur état, est loin d’avoir retrouvé son niveau d’avant la pêche industrielle, et des mauvaises pratiques comme la pêche illégale perdurent

Avec des quotas de pêche fixés à la hausse (32 240 tonnes pour 2019, 36 000 tonnes pour 2020 – dont 19 460 tonnes pour l’Union Européenne et 6 026 tonnes pour la France) – soit les niveaux les plus élevés depuis la mise en place du plan de reconstitution – il reviendra à la communauté internationale, aux scientifiques et aux consommateurs de suivre attentivement l’évolution de la situation du thon rouge de l’Atlantique pendant les prochaines années. Affaire à suivre, donc !

Thon rouge à Monaco - Olivier Jude
Images surprenantes de grands thons rouges croisant dans les eaux côtières de Monaco en juin 2020 (© Olivier Jude & Sylvie Laurent) www.phoctopus.com

Le coin des

Débarquement Thon rouge
Débarquements de thon rouge de l’Atlantique est et de la Méditerranée de 1953 à 2017 (Source Ethic Ocean).