Méduses : à la conquête des océans

Jacqueline Goy, océanographe-biologiste spécialisée dans l’étude des méduses, et Robert Calcagno, directeur de l’Institut océanographique de Monaco, cosignent le livre « Méduses, à la conquête des océans » édité en 2014. Très documenté et largement illustré, cet ouvrage nous aide à mieux connaître ces organismes, à la fois redoutés et fascinants, et à comprendre comment le changement climatique favorise leur expansion.

Si la connaissance des méduses a heureusement progressé récemment, mon inquiétude face à l’épuisement des océans aussi. Car il est certain que les méduses apparaissent comme les seules espèces qui prospèrent dans tout l’océan et tirent parti de tous nos excès. […] Elles nous montrent clairement une voie que nous ne voulons pas suivre, mais sur laquelle nous nous laissons entraîner par notre appétit à court terme. Nous avons jusqu’ici associé mer et liberté, laisser-faire. Nous avons pris nos aises avec les océans comme avec notre environnement en général.

Extrait de la Préface de S.A.S. le Prince Albert II de Monaco

Et si les océans étaient en train de se « gélifier » ?

Les méduses prospèrent. Gracieuses et d’apparence si fragiles, elles s’adaptent redoutablement aux pollutions marines, profitent des excès de la pêche et conquièrent peu à peu nos mers. La gélification des océans est-elle inéluctable ? Jusqu’où iront les méduses ? Au travers du livre-documentaire « Méduses : à la conquête des océans », l’Institut océanographique met en perspective la dégradation de la santé des océans et la pullulation des méduses. Une piqûre de rappel sur les risques d’une surexploitation irréfléchie et déraisonnée du milieu marin. Les méduses, sentinelles, nous alertent notamment sur la qualité des eaux. Ce livre interroge ainsi la relation de l’homme à la mer, au milieu naturel et aux équilibres fragiles qu’il est vital de conserver.

Les méduses auraient-elles des pouvoirs insoupçonnés ?

L’apparente fragilité de ces organismes cache une redoutable efficacité. D’apparence primitive, ils se laissent porter par les courants et vont en fait à l’essentiel : se nourrir et se reproduire. Leur efficacité et leur robustesse sont cependant exceptionnelles. Leur cycle de vie est étonnant, entre mise en sommeil et reproduction massive, allant jusqu’au rajeunissement quand le besoin s’en fait sentir. Les méduses détiennent la clé de l’immortalité. Elles ont aussi une exceptionnelle capacité d’adaptation. Elles se sont adaptées à tous les océans, jusqu’à l’eau douce. Aujourd’hui, elles résistent sans mal à nos excès, lorsque nous polluons les océans, avec nos nitrates, nos médicaments ou nos déchets plastiques… Après avoir profité de l’essor du transport maritime pour conquérir de nouveaux espaces, elles n’attendent plus que le changement climatique pour lancer leur prochaine offensive.

Homme et méduses, amis ou ennemis ?

Les méduses peuvent provoquer jusqu’à la paralysie de nos activités. Sur les plages européennes, les méduses sont le cauchemar des vacanciers. À l’autre bout du monde, leurs piqûres peuvent être mortelles. Et elles s’attaquent aussi à la pêche, à l’aquaculture, jusqu’aux centrales nucléaires qu’elles étouffent ! Pourtant, l’homme est le principal allié des méduses : la surpêche les débarrasse de leurs prédateurs et concurrents ; les pollutions diverses les nourrissent ou renforcent d’avantage leur robustesse. En leur offrant ainsi les océans, il leurs permettent de jouir d’un nouvel âge d’or.

À la découverte des méduses avec l’Institut océanographique

Malgré leur simplicité, les méduses peuvent aussi nous rendre quelques services et ont déjà suscité deux prix Nobel. Peut-être un jour partageront-elles le secret de l’immortalité ? La science part à l’assaut de leurs secrets. Les méduses sont ainsi au cœur d’un programme complet porté par l’Institut océanographique de Monaco. Les aquariums du Musée océanographique proposent une vraie rencontre avec les méduses. L’aquarium accueille notamment la méduse Turritopsis. Cette méduse théoriquement « immortelle » alterne sénescence et jeunesse dans son cycle de vie. D’autres espèces de méduses comme Aurelia aurita et Cassiopées sont également présentées au public dans les aquariums du Musée.
En outre, des conférences et des expositions temporaires ont été organisées en 2014 sur le thème « Les nouveaux seigneurs des océans : Requins ou bien Méduses ? », tant à la Maison des océans, à Paris, qu’au Musée océanographique, à Monaco. L’ouvrage « Méduses : à la conquête des océans » vient approfondir ce programme. Il est édité par les Éditions du Rocher et disponible au prix de 19,90€.

Voir aussi

Editions_Meduses

Éditions

Mapping_Buyle

Explorations de Monaco

1-1-01-catlin seaview

L’Océan en questions