Un cycle de vie robuste… jusqu’à l’immortalité ?

Organisme à la fois simple et complexe, la méduse est souvent redoutée des baigneurs mais fascine les scientifiques. On compte plus de 1 000 espèces de méduses, pour la plupart peu connues. Pourtant, leurs capacités de survie, d’adaptation et de reproduction semblent sans égal. Certaines seraient mêmes « immortelles ».

La méduse a des « super pouvoirs » de reproduction

Les méduses représentent la première manifestation de la sexualité comme mode de reproduction pour des animaux pluricellulaires. Il y a des méduses mâles et des méduses femelles. Les gonades se forment en relation étroite avec le système gastro-vasculaire. Les gonades mâles produisent des spermatozoïdes et les gonades femelles des ovules. La plupart du temps, les cellules reproductrices sont évacuées directement dans la mer où a lieu la fécondation. Mais chez certaines espèces de méduses, la fécondation est interne. Les spermatozoïdes libérés dans la mer sont ingérés par les femelles et vont rejoindre les ovules pour les féconder. La femelle pond alors un œuf. Pelagia noctiluca, par exemple, évacue par la bouche de gros œufs de 0,3 mm bien visibles à l’œil nu. Il existe des organismes hermaphrodites, possèdant les deux sexes. C’est le cas de Chrysaora hysoscella, une très grosse méduse des côtes atlantiques. Toutefois, les éléments mâles sont toujours plus précoces que les femelles, ce qui n’empêche pas l’autofécondation.

Une méduse parcourt-elle les mers toute sa vie ?

La majorité des méduses connaissent deux stades dans leur cycle de vie. Le stade fixé s’appelle hydraire. La méduse est fixée sur le sol, immobile. Certaines méduses n’ont qu’un stade fixé ; pour d’autres, ce stade est cyclique. Le stade libre s’appelle méduse, qui peut créer une confusion avec la méduse en tant qu’animal.

Les premiers stades du développement sont identiques aux hydroméduses et aux scyphoméduses, qui ont pourtant un cycle de vie différent. Après la fécondation, l’œuf évolue en quelques heures en une larve cilié appelée planula.

Le bourgeonnement des hydroméduses et des siphonophores

Chez les hydroméduses, la planula tombe sur le fond et s’y fixe. Elle se transforme ensuite en un petit polype pourvu de tentacules urticants et d’un unique orifice central, à la fois bouche et anus. Chez les hydroméduses et les siphonores, comme la physalie, se produit ensuite une phase de bourgeonnement. Une fois formé, le polype solitaire va immédiatement produire des bourgeons par multiplication asexuée. Ces bourgeons évoluent en colonies secondaires. C’est le début d’un processus qui engendre une colonie de polypes reliés entre eux par un canal ou stolon. Une partie des bourgeons peuvent se détacher et reproduire une nouvelle colonie. Certaines espèces deviennent ainsi envahissantes, comme les Clytia.

La « strobilation » des scyphoméduses

Chez les scyphoméduses, comme Aurelia aurita, la planula tombe également sur le fond et s’y fixe. Elle devient ensuite un polype d’une autre forme, appelé scyphistome qui peut bourgeonner et former une petite colonie. La plupart du temps ces formes sont solitaires. La nourriture et la température favorisent le bourgeonnement de méduses. Ainsi, des sillons transverses apparaissent sur la partie supérieure du scyphistome, c’est la strobilation. On peut imaginer le scyphostome tel une pile d’assiettes comme souvent évoqué dans les traités de zoologie. Le premier segment se libère par des contractions violentes et ainsi de suite. Appelées éphyrules, ces petites méduses ainsi libérées grandissent pour devenir des méduses adultes sexuées.

Des méduses immortelles ?

En 1988, un étudiant allemand découvre Turritopsis. Comme la plupart des hydrozoaires, Turritopsis passe par deux stades de vie : le stade polype puis le stade méduse.

Les méduses adultes produisent spermes et ovules. Une fois fécondé, l’ovule forme un œuf, puis une larve qui, en tombant, se fixera sous forme de polype. Pour Turritopsis, le processus s’avère un peu différent. Au lieu de mourir la méduse tombe sur le sol, où son corps se replie sur lui-même, comme dans une position fœtale. L’ombrelle réabsorbe les tentacules et se dégénère jusqu’à devenir une goutte gélatineuse. Au bout de plusieurs jours, il se forme comme une enveloppe extérieure, un kyste. Ensuite, des sortes de stolons ressemblant à des racines poussent et s’allongent jusqu’à produire un polype. Le nouveau polype engendre de nouvelles méduses et le processus recommence.

Turritopsis est ainsi surnommée la méduse immortelle. Cependant, ce processus ne lui est pas spécifique. Des chercheurs ont pu l’observer sur d’autres espèces comme Scolionema et Craspedacusta. Précison enfin qu’il n’a été observé qu’en laboratoire, quand les conditions de l’élevage se dégradaient.

 

La métamorphose des cuboméduses

Très venimeuses, voire mortelles pour l’homme, les cuboméduses sont présentes dans les zones tropicales. Pour leur reproduction, elles sont munies d’un spermatophore, une poche où sont regroupés les spermatozoïdes. Ces derniers sont déposés par la bouche du mâle sur un tentacule de la femelle. La femelle recueille ensuite les spermatozoïdes avec sa bouche. La fécondation a lieu dans les poches gastriques de la femelle. Après la fécondation, comme pour les autres espèces, une planula se forme. Le polype issu de la planula porte des tentacules capités. Ces derniers lui permettent de ramper sur le fond avant de se fixer. Il se métamorphose ensuite complètement pour donner une seule méduse.

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