La CITES progresse sur le contrôle du commerce des espèces menacées

18e

COP CITES

Six mois après l’alerte lancée par l’IPBES sur l’érosion rapide de la biodiversité, la 18ème réunion des parties de la CITES se retrouvait en première ligne pour sauver les espèces les plus menacées. Comme la secrétaire générale l’a d’emblée annoncé, « le statu-quo n’est plus une option ». La Principauté de Monaco, au travers de son département des Relations Extérieures, a participé aux 12 jours de réunion-marathon, portant des avancées significatives pour des espèces marines emblématiques.

La CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, ou Convention de Washington) est un accord international entre 182 Etats et l’Union Européenne. Elle protège les espèces les plus menacées d’animaux et de plantes sauvages, terrestres et marines, en réglementant le commerce international des spécimens. Plusieurs niveaux de protection sont prévus, suivant le niveau de menace : le commerce des espèces inscrites à l’annexe I est strictement interdit, alors que pour les espèces inscrites à l’annexe II, il est réglementé (permis d’exportation et d’importation) pour assurer qu’il ne compromet pas la pérennité de l’espèce.

Requins Mako : classés en annexe II

Les deux espèces de requins mako Isurus oxyrinchus et Isurus paucus (Mako sharks) et les raies géantes appartenant au genre Glaucostegus spp. (Guitarfishes) et à la famille des Rhinidae spp. (Wedgefishes) sont désormais classées dans l’annexe II de la Convention.

Espérons que l’instauration d’un contrôle du commerce international de ces espèces, jusqu’à présent totalement libre et non régulé, donnera un peu de répit à ces espèces surexploitées, essentiellement pour leurs ailerons.

Pour l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), qui détermine le statut de conservation des espèces de faune et de flore, les deux espèces de requins mako sont clairement en danger. La sous-population de requin mako I. oxyrinchus de Méditerranée est quant à elle en danger critique d’extinction, avec un déclin de 50 à 79% des effectifs en seulement 75 ans.

Bonne nouvelle également pour les concombres de mer, moins emblématiques que les raies mais essentiels aussi au bon équilibre des écosystèmes marins. Fortement prisés sur les marchés asiatiques notamment, leur surexploitation provoque leur raréfaction voire leur disparition de certaines zones. Plusieurs espèces – Holothuria (Microthele) fuscogilva, Holothuria (Microthele) nobilis, Holothuria (Microthele) whitmaei, sont désormais classées à l’annexe II.

La régulation du marché international de ces espèces et la mobilisation sont donc deux excellentes nouvelles, signe d’une prise de conscience partagée de la nécessité de protéger les espèces vivant dans les grands espaces marins et océaniques où les frontières n’existent pas. Un beau signal au moment où se tiennent en parallèle à New-York les négociations sur la gestion de la biodiversité dans les eaux situées en dehors des juridictions nationales.

Pour mémoire, la raie géante Rhynchobatus australiae et la raie guitare commune Rhinobatos rhinobatos avaient été classées dans l’annexe 1 du Mémorandum d’Entente, lors de la 3ème Réunion des Signataires (MoS3 Requins) du Mémorandum d’Entente sur la conservation des requins migrateurs* organisée par Gouvernement Princier de Monaco au Musée océanographique en décembre 2018. Ce classement signifie que ces raies ainsi que le requin sombre, le requin marteau commun, le requin océanique et l’ange de mer, qui avaient aussi rejoint la liste devraient bénéficier d’une coopération internationale accrue pour améliorer leur conservation.

* Le Mémorandum d’Entente sur la conservation des requins migrateurs est placé sous l’égide de la Convention de Conservation des Espèces Migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), l’autre grande convention portant sur des espèces.

Autres décisions

D’autres mesures importantes ont été prises pour le développement et l’efficacité de la CITES, pour mieux connaître les conséquences du commerce international sur certaines populations sauvages ou consolider certaines mesures en faveur d’espèces déjà couvertes :

  • Le plan de la dernière chance pour le Totoaba Totoaba macdonaldi (un poisson pêché pour sa vessie natatoire) visant à lutter de manière immédiate et forte contre la pêche illégale,
  • Une nouvelle feuille de route pour les hippocampes, proposée par la Principauté de Monaco et trois autres pays, qui permettra de renforcer la mise en œuvre des décisions CITES et ainsi tenter d’assurer la résilience des populations sur le long terme,
  • Une meilleure mise en œuvre des mesures CITES pour le poisson Napoléon Cheilinus undulatus.

Un atelier technique sera organisé par la CITES afin d’étudier les priorités en termes de besoins de conservation et de gestion, liées au commerce mondial de poissons marins ornementaux ne figurant pas aux annexes de la CITES.